Le voyage sonore de Sonny Troupé

Issu d’une famille de musiciens, le percussionniste et batteur guadeloupéen Sonny Troupé est toujours à l’affût de nouvelles sonorités. Il démontre avec son nouvel opus « Evy danse », que d’autres voies sont possibles et nous invite à participer à ce voyage. En route !

Couleur Café : Tu sors le troisième album, « Evy danse », est-ce Evy qui danse ou une évidence ? 

Sonny Troupé : C’est Evy qui vit et qui, à un moment donné, danse. C’est un personnage qui est multi-âge en fonction des pièces de l’album. Ça peut être une enfant, une adolescente, peut-être une adulte ou une personne dans la force de l’âge. En fait, elle est multi-âge et l’album représente tout ce qu’Evy peut rencontrer sur sa route. Il s’agit d’un voyage.

En réalité j’ai cinq albums à mon actif, mais c’est le troisième de ce type-là, avec le Sonny Troupé Quartet Add4. L’idée était de continuer à chercher comment écrire pour d’autres instruments, la musique Gwoka. 

Couleur café : Alors, comment les cordes s’adaptent -elles à ton Gwoka ? 

Sonny Troupé : Elles s’adaptent parce que ce sont simplement des instruments de musique.

Et même si on peut penser que, de manière stéréotypée, le quartet à cordes est fait pour jouer qu’un type de musique, bien au contraire, on peut faire en sorte qu’il joue n’importe quel type de musique et dans ce cas précis, le Gwoka. Et j’ai envie de dire, c’est pareil pour l’instrument Tambour-ka. On peut penser que c’est un instrument à percussion qui ne peut jouer que de la musique Gwoka, mais bien au contraire, il peut très bien jouer de la musique classique ou du jazz. 

CC : Comment est née cette idée-là d’ajouter des cordes ? Et pourquoi ?

S.T. : Je pense que c’est au fil du temps. Le triptyque a commencé en 2013. Je rencontre des musiciens sur la route, des gens qui jouent des instruments à cordes et je me lance aussi des défis. Je me dis voilà, quelque chose qui paraît très loin de nos musiques, ce serait bien de voir comment ce type d’instrument joue des mélodies ou des rythmes qui sont dans nos musiques. 

CC : Dans l’album, il y a des invités. 

S.T. : Il y a plein d’invités. Oui, il y en a cinq.  il y a Raphaël Philibert, qui est saxophoniste, le guitariste Christian Laviso, qui est un sacré musicien, connaisseur de cette musique sur un instrument qui n’est pas l’instrument traditionnel du Gwoka. L’idée est aussi d’avoir des gens qui sont un peu dans cette veine-là. Et puis, à côté de ça, il y a Laurent Lalsingué, qui joue du style Pan. Et là, sur l’album, il y a aussi des morceaux qui sont plus de l’ordre de la fusion entre plusieurs styles musicaux. On trouve aussi la chanteuse Lou Tavano, qui a aussi écrit le texte « Sans mêlée ». Lucien Troupé, dit un texte, « Une étoile toujours sera la bienvenue », ainsi que le morceau « Léòno », qu’il interprète. Il s’agit d’un morceau traditionnel de Michel Laurent, un grand maître.

CC : Je souligne que ton jazz est toujours pétri de tradition. C’est ce qui te caractérise aussi. 

S.T. : Oui, en fait, il y a deux choses : La volonté de continuer à écrire la musique gwoka, et le fait qu’il y ait beaucoup de types de musique que j’aime, par mon éducation. J’aime aussi faire des expériences avec plein de musiques différentes, qui m’animent. Et bien évidemment, le jazz en fait partie, la musique électronique, le métal aussi, des choses que j’ai pu rencontrer, que j’aime bien.

CC : On entend aussi un peu de rap dans ta musique… 

S.T. : Ce que je retire du rap, du hip-hop et de la musique électronique, c’est justement cette idée de mots, de scander les choses, de dire des messages. Et le côté sample aussi, sampler les choses, sampler des voix. Dans l’album, je sample Thomas Sankara, ainsi que des gens du pays. Et ça, c’est vrai que c’est dans le hip-hop, dans la musique électronique, qu’on le fait souvent. C’est ce que j’apprécie et du coup, je m’en sers depuis le premier disque. C’est quelque chose qui reste. 

CC : Et pour finir, il y a toujours cette place que tu fais aussi à l’Afrique, dans ta musique aussi, qui est assez importante, je crois.

S.T. : Oui, c’est très important. De toutes les façons, on ne peut rien faire sans savoir d’où l’on vient. Et c’est toujours intéressant et très important de faire des allers-retours pour avancer. C’est la trajectoire des vies.

Propos recueillis par Ewané Nja Kwa

Start typing and press Enter to search