Le Miroir d’Elida Almeida

Depuis la parution de son premier album « Ora doci, Ora margos » en 2014, la chanteuse capverdienne Elida Almeida a connu une ascension fulgurante. Des concerts en France et aux États-Unis, le Prix Découverte RFI en 2015 et plusieurs concerts sur le continent africain, elle fait figure d’étoile montante. « Spedju », son nouvel opus la consacre comme l’une des plus belles voix du Cap-Vert. Rencontre.

Couleur Café : Que signifie « Spedju » ? 

E.A : Miroir. C’est un album  très intime. Le miroir est l’objet qui m’a toujours accompagné pendant ma grossesse. Parfois je me sentais bien et parfois triste. C’est l’objet qui reflétait mon humeur. C’était une période où mes sentiments étaient mélangés. Pendant que j’étais enceinte, j’ai commencé à écrire, c’est pour ça que j’ai appelé mon album « Spedju », qui signifie miroir. 

CC : Il s’agit donc  d’un album que tu as porté comme un deuxième bébé. 

E.A : Exactement. Pendant que j’étais en train de donner la vie à ma fille Malika, j’ai fini cet album pratiquement en même temps. Ce sont des jumeaux. Dans l’album, il y a une chanson pour ma fille, ainsi que pour son père. Daddy, en anglais. C’est une chanson qui parle de sa relation avec son père, chaque fois qu’il sort de la maison pour aller travailler, qu’elle pleure comme si elle n’allait plus le revoir.

J’ai grandi sans mon père. Je n’ai jamais vécu ce type de relation, d’avoir un père qui rentre à la maison après le travail, sentir cette alchimie qu’il y a entre un enfant et un père.

CC :  Dans l’album, tu as écrit presque toutes les chansons, sauf « Kumbosa « et « Baka Brabu», qui te ramènent à tes souvenirs d’enfance. 

E.A : Oui, c’est une chanson du compositeur Chando Graciosa. Pour moi, c’est une des plus belles voix au Cap-Vert. J’ai grandi en écoutant cette chanson-là. Je me suis toujours dit qu’un jour, je la réenregistrerais. J’ai eu la chance de le faire dans cet album avec un invité qui s’appelle Garry. Il fait partie de la nouvelle génération  de chanteurs au Cap-Vert.

CC : Dans ton album, il y a trois funanas

E.A : C’est la première fois que ça arrive. Je suis de l’île de Santiago, du sud du Cap-Vert, où le style funana est né. Je chante et je danse funana depuis mon enfance. C’est inscrit dans mes gènes.

CC : Dans une chanson, tu racontes l’histoire du funana.

E.A : L’histoire parle de deux frères, qui étaient esclaves. L’un s’appelait Funa et l’autre Nana, partis de l’île de Santiago, de Praia, pour chercher des endroits inaccessibles aux les colons, emportant avec eux le rythme. Les portugais ayant interdit l’utilisation des rythmes d’Afrique au Cap-Vert, ils ont supprimé tous les instruments percussifs de la musique, et les ont remplacés par les instruments européens : l’accordéon, la guitare portugaise. Ces deux gars-là ont conservé la partie percussive de l’Afrique et ont intégré l’accordéon, qui était un instrument du Portugal, pour créer  le Funana. Aujourd’hui, le Funana est devenu le rythme le plus connu du Cap-Vert. 

CC : Qu’est-ce que Césaria Evora représente pour toi ? 

E.A : La force. Surtout, le courage de continuer à chercher le meilleur pour moi. Elle a chanté toute sa vie, mais elle a été connue très tard. Ce qui pour moi signifie que même si parfois tu as l’impression que ça devient plus difficile, il faut continuer. Ce sont les valeurs qu’elle m’a transmises. 

CC : Ça fait déjà pratiquement plus de dix ans que tu tournes sur la scène internationale, ton premier album est sorti en 2014.

E.A : 2014, ça fait longtemps. Ce sont des années vraiment spéciales. Elles sont passées très vite. J’ai vécu des belles choses, que je ne m’attendais pas. J’étais une fille de la campagne. J’ai étudié en ayant l’ambition de travailler dans l’administration. Et un jour, tout a changé. J’ai gagné le prix RFI, j’ai aussi reçu beaucoup de prix au Cap-Vert. Puis je me suis mise à voyager. Je connais plus de 60 pays dans le monde. Ce sont des années où j’ai connu tant de belles choses. Et beaucoup de travail aussi quand même. Il n’y a rien qui arrive au hasard quand même. 

CC : Aujourd’hui comment est-ce que tu t’organises entre ton travail, la maternité et les concerts à venir ? 

E.A : Je suis remontée sur scène depuis quelques mois. C’est toujours compliqué, mais nous avons appris à nous organiser. J’ai passé 20 jours au Japon, c’était très difficile pour moi de rester tout ce temps-là loin de ma fille. Mon premier fils a grandi comme ça. Il est bien. Il comprend pourquoi j’ai été obligée de partir à l’étranger, pour lui donner la qualité de vie qu’il a. Donc, Malika comprendra aussi, en plus, elle a son père qui près d’elle. Il me soutient aussi tous les jours. 

CC : Que veux-tu que le public retienne de cet album ?

E.A : J’espère que les gens pourront voyager avec moi dans chaque histoire. Il y a des histoires qui parlent de moi, d’autres que ma mère et mon père m’ont racontée. Je parle aussi des mères célibataires.

Je rends hommage à ma tante, que j’ai perdue il y a deux ans. Elle était comme une deuxième mère pour moi. C’était vraiment un moment très difficile pour ma famille.

Propos recueillis par ENK

Dates de concert :

29/05/26 : VILLENEUVE-LA-GARENNE   VIRTUOZ CLUB

30/05/26 : VIC-SUR-CÈRE (Cantal), FESTIVAL DEMAN & PASSAT DEMAN.

Start typing and press Enter to search