L’éclipse solaire de Kristof Négrit
Décidément, la Guadeloupe n’a pas encore révélé tous ses secrets. Tel un explorateur, le batteur Kristof Négrit nous embarque dans un voyage fou, au cœur de son héritage culturel. Une invitation à (re)découvrir son jazz, l’afrobeat, le gwo ka et le zouk. « État d’âme ».
Couleur Café : Lorsqu’on observe le visuel de « État d’âme », ton album, plusieurs éléments apparaissent, notamment une éclipse solaire, quel est le message ?
Kristof Négrit : L’éclipse solaire, pour moi, véhicule le renouveau de ce que je suis. J’ai livré ce que je suis jusque-là. Ce qui m’ouvre à de nouvelles perspectives, permettre à la musique de chez moi de s’ouvrir à autre chose.
La chaîne brisée symbolise le combat que nos ancêtres ont mené pour leur liberté. Aujourd’hui, nous continuons le travail qu’ils ont initié. C’est un rappel de notre histoire.
Ensuite si on regarde dans la rétine de l’œil, il y a ma fille, le fœtus. Je livre une part de moi dans l’album à travers elle. D’ailleurs, il y a une chanson intitulée « Lorsque LoÏse s’endormira… ».
C.C : Tu as travaillé avec Xavier Belin, c’est un excellent pianiste.
K.N : Il y a aussi Sylvain Ransy et Rudi Boa, qui connait le gwo-ka, il a travaillé cette direction-là. Lorsque je composais l’album, j’avais aussi envie d’avoir cette couleur-là, que j’ai travaillé à travers la batterie, aussi au niveau de l’harmonie.
Xavier m’a aidé dès le début pour le titre « État d’âme », les premières mélodies. Il m’a aidé à mettre l’harmonie derrière. Et Sylvain aussi m’a apporté son expérience pour les arrangements des premières compositions à l’époque post-Covid.
C.C : Raconte-nous tes débuts, ta rencontre avec le « Ka ».
K.N : J’ai commencé par la batterie. Je n’ai pas commencé par le « Ka ». Mon père m’a initié à la musique populaire, le Zouk, la Biguine, le Kompas, et c’est après que je me suis intéressé à la tradition.
Il y a aussi mon jeune frère, Julianis Négrit, qui intervient sur deux titres dans l’album. Et c’est lui qui a vraiment commencé à pratiquer l’instrument bien avant moi. J’ai commencé à pratiquer le tambour lorsque je suis arrivé en France hexagonale. Puis, je me suis intéressé à la musique traditionnelle quand je suis retourné en Guadeloupe pendant un an.
C.C : En tant que batteur, comment est-ce qu’on compose ? Qu’est-ce qui vient avant ? Est-ce le rythme ? Les mélodies ? Comment travailles-tu ?
K.N : Ça dépend. Pour cet album-là, Les thèmes, les mélodies chantées, me sont venus par des émotions. Ce sont les circonstances de la vie. À travers ces mélodies, j’ai imaginé les rythmes que j’ai travaillés. J’ai souvent commencé par soit la ligne de basse ou la mélodie ensuite le rythme. Le reste du travail s’est fait sur mon ordinateur.
C.C : Dans l’album, on ressent une forte influence africaine
K.N : L’idée était aussi de montrer le lien entre l’Afrique et les Antilles. Et puis, l’afrobeat ressemble un peu à un des rythmes gwo-ka, que j’ai combiné. J’ai mélangé l’aspect rythmique de l’Afrique avec nos mélodies créoles, qui sonnent plus créole-jazz. Ça reste une musique d’énergie, de trance. J’ai aussi voulu véhiculer, l’aspect dansant. Quand on rentre dans le jazz, on pense musique très élitiste, mais il ne faut pas oublier que notre musique de base, c’est des musiques de danse. Tout part de ce socle.
Propos recueillis par Ewané Nja Kwa
Photos @Kloé Puech
Quelques dates :
22 mai 2026 au Baiser Salé, Paris
17 juin 2026, Guadeloupe
Suivre Kristof Négrit : https://www.facebook.com/KristofNegritBatteur/





