Mariana Ramos, célébration symphonique pour le Cap-Vert
Bercée par la danse côté maternel et par la musique qu’affectionnait son papa, Mariana Ramos est une artiste née. En grandissant, elle se nourrit de rock’n’roll, de musique française et de jazz. La métamorphose s’opère lorsqu’elle rencontre l’auteur-compositeur Téofilo Chantre qui lui permet de redécouvrir les rythmes du Cap-Vert. Di dor em or, son premier album, parait en l’an 2000. C’est le début d’une carrière internationale couronnée de 25 années de succès. Elle présente Sinfonico, une célébration symphonique des 50 ans d’indépendance du Cap-Vert.
Couleur Café : Que représente Manu Dibango pour vous ?
Mariana Ramos : C’est un homme que j’ai apprécié parce que lorsque j’étais petite, je le voyais à la télévision, je le regardais, je l’entendais jouer avec sa voix, c’était notre Barry White, je l’adorais. Et puis plus tard, quand je deviens chanteuse, je le rencontre, il m’invite à jouer lors de son concert. J’étais tellement fière.
Couleur Café : Lui aussi, il avait fait le safari symphonique…
Mariana Ramos : Il y a beaucoup de choses qui nous lient. On avait évoqué l’éventualité de le faire ensemble, faire en sorte que lui puisse jouer quelques-uns de ses titres et moi sur scène, mon répertoire, ça aurait été génial. Malheureusement, il est parti avant. Ça aurait été formidable de pouvoir faire quelque chose de symphonique à deux.
CC : Donc vous avez enregistré votre répertoire avec l’orchestre National des pays de la Loire.
MR : Oui, j’ai eu l’occasion, le plaisir de chanter ce répertoire et d’être accompagné par cet orchestre sur trois événements : deux à Nantes et un à Angers. On en a profité pour enregistrer ces trois concerts et comme le résultat n’était pas mal on a décidé ensemble d’en faire un CD. C’était en 2018. On a mis quelques années à le réaliser parce que j’ai eu d’autres projets, et puis il y a eu le Covid. Aujourd’hui, en 2025, je me suis dit dit qu’il fallait que ça sorte avant décembre, parce que c’est les 50 ans d’indépendance de quelques pays d’Afrique, dont le Cap-Vert.
CC : Comment avez-vous choisi les titres ?
J’en ai choisi une quinzaine, on a dû en enregistrer une douzaine. Ce sont des titres écrits par des auteurs cap-verdiens. Lorsque j’ai rencontré Marc-Olivier Dupin, qui est l’arrangeur, il m’a proposé de faire ce projet avec moi, de faire les arrangements d’une quinzaine de titres. Il fallait trier, choisir. Ensuite, nous avons travaillé ensemble sur chaque titre pour trouver l’esprit, les arrangements. Il fallait lui parler des rythmes différents du Cap-Vert.
CC : Quel a été véritablement le rôle de Marc-Olivier Dupin ?
MR : Sur ce projet, Marc-Olivier Dupin a fait les arrangements, il est aussi le Chef d’orchestre et l’éditeur. Il a dirigé les trois concerts qu’on a fait avec l’ONPL.
CC : Comment s’est fait la rencontre avec l’Orchestre National des Pays de la Loire ?
Tout simplement. Le premier concert qu’on a fait avec Olivier Dupin était avec l’Orchestre d’Avignon du Théâtre d’Avignon, c’était la première représentation. C’était quelques années bien avant. Nous avons fait une seule représentation avec cet orchestre, en 2013. À l’époque, Philippe Grison était directeur du Théâtre d’Avignon. Il m’a proposé de faire ce concert avec Marc-Olivier Dupin et l’Orchestre d’Avignon. Ensuite il m’a confié qu’il voulait faire ce projet avec Césaria Evora et que celle-ci lui avait répondu qu’elle était bien trop fatiguée et trop vieille, qu’il fallait voir ça avec Mariana Ramos. C’est ainsi qu’il a contacté Olivier Dupin, qui a bien voulu faire les arrangements. C’est comme ça qu’est né le projet.
CC : Et quelles sensations avez-vous eu en jouant avec un orchestre symphonique ?
MR : J’avais l’habitude d’aller écouter des orchestres symphoniques. Je n’avais jamais pensé chanter ma musique avec un orchestre symphonique. J’ai toujours pensé que ma musique n’avait rien à voir avec la musique classique. Eh bien, j’avais tort. Si je n’étais pas tombée sur Marc-Olivier Dupin, qui m’a fait de jolis arrangements, je ne serais peut-être pas aussi satisfaite de ce projet. C’est vraiment un plaisir de découvrir ma musique avec d’autres instruments, ma voix qui reste la même. J’ai interprété les chansons comme je les aurais interprétées dans la musique traditionnelle. Je trouve que tous les instruments ont donné encore plus d’intensité à ma voix, à mon timbre de voix.
Quel répertoire pour célébrer 50 d’indépendance ?
J’ai repris différents rythmes du Cap-Vert pour dire au public : « voilà, l’esprit et l’âme du Cap Vert est dans cet album. » N’importe qui peut se reconnaître à travers cette musique, parce que tout le monde sait que la musique capverdienne, au départ, c’est une musique un peu mélancolique, un peu comme le fado. Il y a quelque chose de puissant, de profondément ancré dans l’âme.
Pour les 50 ans du Cap Vert, c’est un cadeau. Il faut savoir que ces 50 années d’indépendance, ont aussi un sens pour moi, parce que mon frère et mon oncle ont participé à la lutte pour l’indépendance du Cap-Vert. Cette histoire est aussi en rapport avec ma famille.
Propos recueillis par Samuel Nja Kwa
Nouvel album : Mariana Ramos, Sinfonico, Casa Verde Productions 2025






