SERGENT MARKUS, ITINÉRAIRE D’UN SLAMEUR SOLDAT

Sergent Markus

ITINERAIRE D’UN SLAMEUR SOLDAT

Comment passer de sergent à journaliste, rappeur, animateur radio et télévision, poète et slameur ? C’est la prouesse qu’a réussit Toussaint Djaho, alias Sergent Markus, à force de travail et de persévérance. Il raconte son parcours et présente son tout nouveau projet, Vodun Gospel.

Couleur Café : D’où vient ton nom d’artiste, Sergent Markus ?

Sergent Markus : Sergent, parce que j’ai été sergent dans l’armée. J’ai été dans une école militaire, de la 6ème en terminale, au Prytanée militaire de Bembéréké (PMB) au nord du Bénin. J’ai eu le diplôme de sergent, j’ai été sergent dans l’armée pendant 2 bonnes années. J’étais au para-commando ensuite j’ai démissionné en 1999 parce que j’avais envie de devenir un homme de média, un artiste.

Markus parce que je suis un panafricaniste. Ce prénom fait référence à Marcus Garvey qui rêvait d’une Afrique unie, du retour de la diaspora pour bâtir l’Afrique. Je ne suis plus très actif mais je reste optimiste.

CC : Comment est né ton amour pour le rap ?

SM : cet amour a commencé alors j’étais dans cette école militaire avec d’autres amis. Nous étions à l’internat et nous avions des passions communes. C’était au début des années 90, puis il y a eu le déclic avec le premier album de MC Solar que nous connaissions par cœur. Ensuite, il y a eu la vague IAM etc. sans oublier le rap anglo-saxon. C’était des moments forts pour nous, c’est comme cela que nous avons commencé à prendre le stylo et à commencer à bidouiller des textes, à l’image de ce que faisaient nos idoles de l’époque. Et progressivement, le rap s’est installé en nous. Nous faisons partie de la première génération de rap au Bénin. Nous avions créé un groupe qui s’appelait Harmaguédon, ensuite il y a eu le Posse RDS en 1996. Puis j’ai fondé le groupe Noir sur Blanc, parce qu’on voulait donner plus de force à l’écriture. Par la suite, lorsque j’étais à l’université, j’ai créé la première émission de rap qui s’appelait univers rap sur la radio universitaire. Après toutes ces aventures, lorsque je suis retourné dans l’armée en 1997, je ne m’y sentais plus à l’aise et j’en suis parti 2 ans plus tard pour revenir à mon amour pour le rap, la communication et les médias.

CC : Combien d’albums solo as-tu écrit ?

SM :  Avec mon groupe Noir sur Blanc, nous avons sorti un premier album intitulé Au nom du Peuple, en 2004. J’ai ensuite produit mon premier album slam solo en 2010, un album « live » de slam en 2013 et mon dernier album slam, Vodun Gospel, sorti le 20 mai. En gros j’ai 3 albums solo et des collaborations.

CC : Ton nouvel album s’intitule Vodun Gospel, peux-tu nous en parler ?

SM : Je m’inspire de la fusion des pratiques religieuses confessionnelles au Benin. Nous sommes un pays de syncrétisme malgré la forte présence de la culture vodun que nous assumons. Il y a aussi l’acceptation des autres religions notamment du christianisme, ce qui ne nous cause aucun problème. On adore le seul et même Dieu mais ce sont les moyens de l’adorer qui diffèrent. Vodun Gospel est donc cette affirmation, cette reconnaissance de mon identité double, entre le fils du vodun et de la rencontre entre la racine africaine et les religions importées. En même temps, je veux aussi affirmer que nous sommes un continent de paix, d’œcuménisme et de coexistence pacifique des religions. 

CC : Comment tout ceci se traduit-il dans tes textes ?

SM : Dans le titre éponyme, Vodun Gospel, il y a une charge à la fois poétique et sémiologique qui fait que lorsqu’on l’écoute on a forcément des frissons. Le texte dit que je vénère mes divinités et en même temps je fais des génuflexions comme à l’église. On ressent la musique dans les percussions, les chœurs, il y a une vraie fusion. Les autres titres gardent aussi cette fusion « tradi-moderne » ouverte sur le monde. J’aborde différents thèmes, comme la politique, l’immigration, les déplacés de guerre, les réfugiés. Je parle aussi d’espoir, de la résilience des peuples, sur des rythmes du vodun, sans que ce soient forcément des incantations. Il y a 15 titres à découvrir dans l’album, avec des « featurings ».

CC : Quels sont les messages que tu véhicules ?

SM : La paix, l’amour, la nécessité de faire tomber nos barrières politiques et morales pour pouvoir vire ensemble.

L’album Vodun Gospel est disponible sur toutes les plateformes musicales.

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